Si l'on se fit des résultats de travaux de recherche faits entre autres par les
statisticiens ou seulement par l'observation des intervenants du milieu, on se rend compte effectivement que la pauvreté n'a généralement rien à voir avec un manque de volonté de la part des gens
qui la vivent, que ce soit dans les pays du Sud du globe ou bien dans nos propres villes. On pourrait bien dire en bref que les politiques sociales et économiques mises en place par nos
gouvernements visent surtout à faire bénéficier les personnes plus riches, alors que leurs promesses électorales visent surtout à attirer la partisannerie de la classe moyenne. On n'a qu'à
écouter les discours de nos politiciens pour le constater; trop peu souvent, on les entend faire des promesses pour les plus démunis, puisque certainement, ce sont moins eux qui votent et sont
moins consommateurs, ayant moins de revenus. D'ailleurs, il n'y a que le parti Québec Solidaire qui inclut les personnes en situation de pauvreté ou de
précarité économique dans leurs propositions politiques.
Les personnes qui se retrouvent en situation de pauvreté vivent plusieurs contraintes qui
se renforcent entre elles et qui ont tendance à vouloir créer un cercle vicieux, souvent alimenté par la honte et les préjugés, qui s'auto-génèrent. Cette emprise dans la honte et la misère, qui
amène beaucoup de pensées négatives et de stress, a tendance à faire bourgeonner des problèmes de santé mentale et physique chez ces gens, et a tendance à faire circuler cette même honte chez les
membres d'une même famille.
Contrairement à ce que plusieurs personnes croient, ce ne sont pas que les assistés
sociaux ou les itinérants qui sont pauvres; un travailleur à temps plein au salaire minimum ne peut faire vivre ses enfants puisqu'il se retrouve tout de même sous le seuil de la pauvreté. Pour
pouvoir s'en sortir, le salaire minimum devrait être à 10,43$/heure présentement. Il faudrait que les gouvernements offrent cette garantie plutôt que de couper les chèques d'aide sociale qui est
de 534$/mois à la moindre entrée d'argent, lorsqu'on sait qu'un 2½ à Québec, par exemple, coûte au moins 450$/mois et ça, c'est quand on n'a pas besoin d'une chambre supplémentaire pour un
enfant! Certains disent qu'il faut vouloir travailler pour bien vivre. Cependant, il demeure qu'une personne qui n'a peut-être pas eu toutes les chances pour pouvoir réussir à l'école et avoir un
diplôme post-secondaire, qui a eu X contraintes à un moment donné de sa vie se trouve déjà en situation où il est encore plus difficile de décrocher un emploi convenable à temps plein et
permanent. Les emplois précaires sont omniprésents dans le marché du travail et une personne qui n'a pas les moyens, quels que soient, pour faire des études, est prise dans ce monde pavé
d'incertitudes. Ça prend du temps pour avoir un bon statut de travail, un salaire et des conditions de travail adéquates, quand on doit commencer en bas de l'échelle; pendant ce temps, les
comptes et les dettes s'accumulent. C'est souvent le cas pour les femmes monoparentales, par exemple, lorsqu'elles sont séparées depuis peu et qu'elles ont vécu dans un environnement où elles
n'avaient qu'à s'occuper des enfants, rien de plus.
Bref, le système néolibéral dans lequel nous « évoluons » est fait pour les plus
ambitieux et les plus chanceux de la vie. Ceux qui ont vécu certains malheurs à un moment donné de leur vie sont déjà plus à risque de vivre dans la précarité. Plusieurs n'ont pas les ressources
pour s'en sortir et les politiques dont ils sont presque victimes ne les aide pas beaucoup plus, puisqu'elles les maintiennent en position de honte, de différence et d'infériorité. Le regard des
autres qui est porté sur eux les poussent à s'exclure et à finalement à se croire bons à rien. L'État génère ses propres exclus et il s'en tire bien en général en les responsabilisant davantage
qu'il ne les aide.
Aux suites de cette constatation de plus en plus évidente, plusieurs regroupements de
personnes qui ne veulent pas laisser le problème de pauvreté s'empirer on développé des ressources d'aide, allant de la charité à l'entraide et la solidarité; on donne un dépannage en logement,
en vêtements ou en nourriture, puis, parfois, certains organismes tentent d'outiller davantage les gens pris dans la misère. Cela se fait dans l'optique qu'ils ont besoin d'être autonomes et
d'adopter leurs propres moyens pour s'accomplir dans la société. Il y a aussi beaucoup de travail d'éducation et de sensibilisation, puisque certaines personnes ne savent pas faire de budget,
cuisiner, ou faire un rapport d'impôt par exemple. De plus, souvent, ils ne connaissent pas leurs droits en étant tant marginalisés; ils ne connaissent pas les recours qu'ils peuvent utiliser
pour obternir de l'aide. Cette réalité a d'ailleurs été signalée dans le reportage montré plus tôt et fait par Jeux de société, puisqu'on y voit le témoignage de jeunes adultes qui ont passé leur vie, jusqu'à leurs 18 ans, en
pensionnat, et qui n'ont jamais appris quoi que ce soit par rapport à la vie d'adulte. Bref, en se fiant au dicton, on ne doit pas seulement donner du poisson à l'homme, mais on lui apprend
aussi à pêcher, et on l'encourage surtout à adopter sa propre technique. Sinon, c'est faire perpétuer la dépendance des pauvres envers la machine oppressive, puisqu'on ne reconnaît pas leurs
capacités et leurs forces.
Une organisation particulièrement proactive dans le domaine de la pauvreté et de l'exclusion sociale, le Collectif pour un Québec sans pauvreté, lutte beaucoup pour les droits des personnes qui sont
souvent sans voix. Le Collectif, après avoir fait des pressions envers le gouvernement québécois, a sollicité ce dernier pour adopter une loi sur la lutte contre la pauvreté et l'exclusion
sociale. Ce projet s'est concrétisé en 2002, par le projet de loi 112 et par son adoption en 2003. Cependant, la loi provinciale est quelque peu différente des demandes faites par le Collectif,
sans compter le fait que les objectifs mis en place par l'État sont loins d'avoir été accomplis. Il y a donc encore beaucoup de pression à faire de la part des groupes de d'action politique
pour que les promesses soient tenues.